Culture et art

Les faux-pas de la politique d’arabisation au Maroc

Noureddine Benchekroun / Bureau de Marrakech

Pour parler de l’arabisation au Maroc et l’analyser dans sa globalité, il faut accepter dès le départ que le concept n’était pas une voie naturelle issue d’une transformation sociale endogène, ni le résultat d’un libre choix culturel.
Mais c’était une politique d’État par excellence, liée au moment post-indépendance et à l’obsession de construire une autorité centrale unifiée, même si cela s’est fait aux dépens de la réalité historique de la société marocaine.

L’arabisme: Un cadre idéologique

Avant l’indépendance, la langue au Maroc n’était pas arabe homogène, mais plutôt d’une société dans laquelle cohabitaient l’amazigh et le dialecte marocain, aux côtés des langues de l’administration moderne.
Après l’indépendance, et dans sa recherche d’une solution rapide et un lien symbolique qui lui donnerait une légitimité, l’État a choisi l’arabisme comme cadre idéologique et a fait de l’arabisation un outil de remodelage de la société émanant du sommet, plutôt que le fruit de son développement naturel.
Dans ce contexte, l’arabisation n’apparaît pas comme un service rendu à la langue arabe, mais un moyen de contrôle politique et symbolique.
En effet, l’école s’est transformée en un laboratoire linguistique obligatoire, dans lequel la langue amazighe était totalement exclue, et l’arabe classique était présenté non pas comme une langue de communication et de connaissance, mais plutôt comme une langue identitaire imposée du haut de la pyramide.

Déchirement culturel et Échec scolaire

Le résultat s’est soldé par un déchirement culturel et une fracture linguistique entre la langue parlée à la maison et celle de l’école.
Un vrai échec scolaire généralisé et une aggravation des différences sociales.

Le français: Langue du pouvoir réel

L’ironie flagrante est que ce même État qui a brandi le slogan de l’arabisation dans ses discours et l’a mis comme titre et symbole a continué à utiliser le français dans l’économie, les banques, les directions ministérielles, médecine, pharmacie et les sciences.
Ainsi, une sorte de dualité linguistique hypocrite est devenue norme: l’arabe pour l’identité, la rhétorique, et le français pour le pouvoir réel, tandis que l’amazigh, la langue de la terre et de l’histoire, est restée en dehors de cette équation, ni reconnue ni investie.

L’arabisation au service de la centralité de l’Etat.

L’arabisation n’était donc pas un outil de libération de l’identité, mais plutôt un moyen de reproduire la centralité de l’État et de lier le Royaume politiquement et idéologiquement au monde Arabe.
Cela s’est fait au dépens des particularités locales considérées comme une menace potentielle à l’unité.
Cependant, au lieu de produire une identité nationale cohérente, elle a instauré une pseudo-identité qu’elle a officialisée face à des identités sociales vivantes, ce qui expliquera plus tard l’escalade de la contestation culturelle et linguistique et le retour en force de la question amazighe sur le devant de la scène.
En effet, la langue ne doit en aucun cas être un outil d’exclusion et un monopole identitaire, mais un domaine d’inclusion et de coexistence et non de domination.
Outre, l’identité nationale se construit par la reconnaissance de son pluralisme et démocratisation des choix linguistiques.

Pour conclure, disons que la non démocratisation de la politique linguistique au Maroc a produit une crise d’identité au lieu de la servir. Seule une origine reconnue est capable de construire une identité nationale cohérente pour l’avenir d’un
État-Nation pluriel et stable.

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