La résilience face au projet de marginalisation de la presse régionale
Par : Pr. Mustapha Chakroun
La presse régionale constitue l’un des piliers fondamentaux de la construction démocratique et du développement territorial. Elle est, en effet, le média le plus proche du citoyen et le plus apte à relayer ses préoccupations quotidiennes ainsi que les problématiques propres à son environnement local. À travers son action, elle observe les mutations sociales, économiques et culturelles que connaissent les régions et contribue au renforcement de la participation citoyenne ainsi qu’au suivi des politiques publiques à l’échelle locale.
Cependant, la presse régionale fait aujourd’hui face à des défis croissants qui menacent son existence et sa continuité. Ces difficultés résultent notamment des transformations numériques accélérées, des contraintes économiques, de la diminution des recettes publicitaires, de l’augmentation des coûts de production, ainsi que de la concurrence inégale imposée par les grandes plateformes numériques et les médias disposant d’importants moyens financiers.
Dès lors, une question essentielle se pose : comment la presse régionale peut-elle résister aux multiples défis auxquels elle est confrontée ? S’agit-il d’une crise passagère ou d’une menace réelle pesant sur l’avenir du journalisme de proximité et sur sa mission au service de la société ?
La presse régionale se distingue par des spécificités qui la différencient des médias nationaux. Elle assure le suivi des questions liées au développement local, accompagne les travaux des collectivités territoriales, relaie les revendications des citoyens et met en lumière les initiatives culturelles, sportives et sociales qui trouvent rarement une place dans les médias centralisés.
Elle constitue également une mémoire vivante du territoire, préserve ses particularités culturelles et patrimoniales, valorise les compétences locales et favorise le débat public autour des enjeux du développement et de la bonne gouvernance.
Les défis auxquels est confrontée la presse régionale
Parmi les principaux défis figurent :
La faiblesse des ressources financières et publicitaires ;
L’augmentation des coûts de gestion et de production médiatique ;
La domination des plateformes numériques mondiales sur le marché publicitaire ;
Les difficultés d’accès à des sources de financement durables ;
La concurrence déloyale de certaines pages et plateformes ne respectant ni les règles professionnelles ni les exigences éthiques ;
Le recul de la presse écrite et l’évolution des habitudes de consommation de l’information ;
Le manque d’opportunités de formation et de perfectionnement professionnel pour les journalistes exerçant dans les régions.
Ces contraintes exposent de nombreuses entreprises de presse régionale au risque de réduction de leurs activités, voire de disparition, ce qui pourrait affaiblir le pluralisme médiatique et priver les citoyens de leur droit à une information de proximité.
La résilience comme choix stratégique
Résister aux tentatives de marginalisation ou d’exclusion ne signifie pas seulement défendre les intérêts des entreprises de presse. Il s’agit avant tout de protéger le droit de la société à bénéficier d’une information diversifiée, indépendante et responsable.
Cette résilience implique :
Le respect des règles déontologiques et des principes du journalisme professionnel ;
Le développement des compétences et l’adaptation aux mutations numériques ;
L’établissement de partenariats avec les acteurs institutionnels et économiques dans le respect de l’indépendance éditoriale ;
Le renforcement de la solidarité professionnelle entre les médias régionaux ;
La défense d’une répartition équitable et transparente des aides publiques ;
L’encouragement de la formation continue et de la recherche scientifique dans le domaine des médias régionaux.
La presse régionale : un acteur du développement
Il ne peut y avoir de développement véritable ni de régionalisation avancée sans une presse régionale forte et crédible. La presse n’est pas un simple vecteur d’information ; elle est un acteur du développement, un partenaire dans la diffusion du savoir, un instrument de contrôle citoyen et un espace de dialogue entre les citoyens et les institutions.
Affaiblir la presse régionale revient à affaiblir la voix des régions et des provinces, à réduire les espaces de débat public et à compromettre le principe du pluralisme médiatique, fondement essentiel des démocraties modernes.
La défense de la presse régionale ne constitue pas seulement le combat d’une profession. Elle représente la défense de la démocratie, du développement et du droit du citoyen à l’information.
Par conséquent, la résistance à toutes les formes de marginalisation, d’exclusion ou de liquidation demeure une responsabilité collective qui incombe à l’État, aux institutions professionnelles, aux universités, à la société civile ainsi qu’aux acteurs médiatiques eux-mêmes.
La presse régionale n’a jamais été un fardeau pour la société. Elle demeure l’œil du citoyen sur son environnement, la voix des territoires dans l’expression de leurs aspirations, et le pont indispensable entre le développement et la vérité.



