
Noureddine BENCHEKROUN / Bureau de Marrakech
Les derniers événements concernant l’immigration clandestine ( I.C) pour passer à la ville occupée de Ceuta
ne peuvent passer inaperçus, surtout que l’opération en question a été préparée auparavant par une grande mobilisation à travers les réseaux sociaux.
Outre, la présence d’une main étrangère derrière ces événements n’est pas exclue.
En effet, plusieurs facteurs interviennent pour expliquer les causes de ce phénomène devenu récurrent, dont le plus important est l’échec de la politique publique envers la jeunesse.
Dans son dernier rapport, le haut commissariat au plan conclut que 1,5 million de jeunes âgés de 15 à 24 ans ne sont ni scolarisés, ni en formation professionnelle ni en situation d’emploi.
Histoire récente de l’immigration régulière
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, et suite au besoin urgent de l’Europe en main-d’œuvre pour se reconstruire, il y a eu un flux massif vers ce continent surtout à partir des pays du Maghreb.
Néanmoins, cet immigré même régulier, n’a jamais trouvé place dans la société européenne, il a toujours été marginalisé, et le pire, c’est que même dans son propre pays, il se voyait étranger.
Mais cette vision a changé, et les immigrés de nos jours font preuve dans la diaspora et accroissent leurs valeurs dans leur communauté d’origine, en particulier lorsqu’ils investissent et aident leurs familles, ils participent d’une façon ou d’une autre à l’essor de l’économie du pays.
L’immigration clandestine (I.C)
Mais, depuis le début de ce millénaire, cette immigration régulière est arrivée à saturation laissant place à I.C devenue un phénomène mondial qui a fait l’objet de plusieurs rapports et forums internationaux, tels que le plan de développement durable à l’horizon 2030, les recommandations du forum mondial, le pacte mondial pour l’immigration sûre et ordonnée, ainsi que des rapports internationaux multiples.
Le problème de I.C réside dans la faiblesse économique des pays exportateurs de ce fléau, le manque d’une protection sociale, et parfois même l’instabilité politique.
En effet, si l’immigration régulière a des effets positifs sur les pays d’accueil et d’origine, l’I.C a des conséquences économiques néfastes sur les pays d’accueil et
constitue un mauvais message pour les pays d’origine, car plus le taux d’immigration en leur provenance est élevé, plus ça prouve que les citoyens se sentent mal à l’aise dans leur pays.
Le cas Marocain
Selon une étude récente, 56% des jeunes marocains souhaitent quitter le pays.
En plus, la situation géographique du
Maroc, lui fait supporter des immigrants potentiels provenant de certains pays Subsahariens et même des pays voisins qui considèrent le Maroc comme un couloir très important vers le sud de l’Europe.
De ce fait, le Royaume Chérifien souffre davantage de ce problème bien plus que n’importe quel autre pays.
La mondialisation impose de nouvelles règles.
L’idée de refus de l’immigration et de fermeture des frontières ne peut être appliquée de nos jours où la mondialisation est devenue la boussole qui guide le bateau du monde actuel.
Sans oublier de signaler qu’aujourd’hui l’immigration à sens unique vers les Eldorados du monde ne se limite plus à la main d’œuvre mais concerne également les cerveaux et les cadres hautement diplômés.
Néanmoins, en matière d’immigration l’on s’attache plus à la théorie du double seuil selon laquelle toute chose qui dépasse sa limite se transforme à son contraire, donc un contrôle de l’immigration s’avère nécessaire pour qu’elle demeure bénéfique à l’ensemble des intervenants.
En plus l’immigration est un droit acquis à tout citoyen du monde, elle est reconnue par la charte des Nations- Unies à commencer par l’immigration pour études et recherches académiques qui sont considérés comme des contributions au processus de mondialisation, et les pays exportateurs de l’immigration ont intérêt à investir plus dans ce créneau.
Les raisons de I.C
L’I.C est intrinsèquement liée à plusieurs défaillances des pays exportateurs de ce fléau, dont les plus importantes sont la situation économique, politique et même psychologique.
Ce genre d’immgration nous laisse confrontés à ce tsunami de jeunes qui sont prêts à s’aventurer pour arriver à leurs pays de rêve.
Au Maroc, le facteur économique demeure le plus important, pour le volet politique il est presque inexistant vu la stabilité du pays et la sécurité qui y règne.
contrairement aux pays subsahariens dont les immigrés clandestins fuient ces pays primordialement à cause de leur instabilité politique et des guerres récurrentes imposées par les factions terroristes, et en second lieu, à cause de la pauvreté qui gangrène dans ces pays en plus des tensions sociales.
Revenons au cas du Maroc pour dire que la récente mobilisation sur les réseaux sociaux s’inscrit dans le cadre de la dimension psychologique dans le but est de stimuler les instincts et les rêves d’une jeunesse qui n’arrête pas à s’exprimer par tous les moyens à commencer par les nouvelles chansons du Rap par exemple.
Cette jeunesse n’a aucun point commun avec celle des années 70 et 80 qui s’exprimait également à travers le théâtre ou la chanson mais en essayant de diffuser des messages de militantisme pour l’instauration de la vraie démocratie et non pour quitter le pays et se jeter à la mer.
Maroc: Des indicateurs inquiétants.
Au Maroc, l’I.C est la conséquence directe de l’échec des politiques publiques envers la jeunesse, politiques qui n’ont jamais atteint leurs objectifs à savoir une éducation équilibrée, une intégration socio-économique des jeunes, et un accès au service de santé, et ce, malgré les importants budgets alloués.
En fait, il existe des problèmes structurels auxquels nous essayons de faire face avec des solutions disparates, parfois soumises à une logique politique éculée.
En effet, les indicateurs très inquiétants qui actionnent ce fléau peuvent être résumés ainsi:
– Le Maroc occupe la 120 place/ 193 pays concernant l’indice de développement humain.
– 334 000 élèves quittent l’école, ce qui signifie qu’en 3 ans, il y a plus d’un million de jeunes à la rue, dont une partie tenterait de quitter le pays.
-Les jeunes représentent 34% de l’ensemble de la population marocaine, et 46% de cette jeunesse est née à cette ère de numérisation, donc constamment connectés aux réseaux sociaux et sont sensibles à tout ce qui y circulent.
– Les jeunes de 15-34 ans se considèrent en dehors de la marge de croissance économique, par manque de politique réelle de croissance intégrée.
– 72% de jeunes passent leur temps dans des activités improductives, sans oublier que 22% des diplômés sont au chômage.
-Un manque total d’encadrement de la jeunesse par les partis politiques, seulement 1% des jeunes marocains sont politisés.
Ces indicateurs sont largement suffisants pour pousser les jeunes à s’aventurer à la recherche d’opportunités sur la rive nord de la Méditerranée.
L’urgence de rectifier le tir
La question qui se pose avec acuité est de savoir comment identifier des solutions urgentes pour réorienter les politiques publiques destinées à la jeunesse, sachant que l’immigration est devenue un espoir pour tout jeune qualifié ou non.
Outre, et d’après un rapport du Conseil social économique et environnemental, il affirme que l’exclusion des jeunes menace la cohésion communautaire et la paix sociale.
Les priorités à déterminer peuvent se résumer ainsi:
*Rétablir la confiance entre les jeunes et les institutions.
* Instaurer une politique publique réaliste et réalisable.
* Mettre en place un cadre juridique pour les jeunes car ils représentent l’avenir de la société.
*Reconsidérer la politique éducative et faire de l’école publique le substratum de toute politique concernant la jeunesse.
*Restructurer le Conseil supérieur de la jeunesse sur de nouvelles bases qui prennent en compte les grandes métamorphoses de l’ère actuelle.
Marrakech le 24/09/2024



