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Relations Maroc–Israël–États-Unis : un choix géostratégique, non une émotion géopolitique

Par Mr Fouad El Yajizi.

Au cœur du débat suscité par le relèvement du niveau de représentation diplomatique entre le Maroc et Israël jusqu’à l’échange d’ambassadeurs, certaines voix, prisonnières d’une lecture politique et géopolitique limitée, dénoncent ce qu’elles qualifient de « trahison » et appellent à la « rupture de la normalisation ». Elles invoquent l’hostilité à l’égard d’Israël ainsi qu’un supposé soutien iranien à la cause palestinienne.

Or, ce discours, aussi vertueux qu’il prétende être, tend à occulter des réalités géostratégiques et géoéconomiques qu’aucune formule idéologique ne saurait effacer. Le Royaume du Maroc ne renonce ni à ses principes ni à ses engagements historiques ; il défend ses intérêts supérieurs dans un monde marqué par la compétition des puissances pour l’influence, les ressources et le contrôle des grands corridors commerciaux.

Comprendre le contexte géostratégique
La décision marocaine ne peut être comprise en dehors des profondes recompositions régionales. Depuis la reprise des relations avec l’État d’Israël en 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham soutenus par les États-Unis, le Maroc a poursuivi deux objectifs stratégiques majeurs.

Le premier consiste à renforcer la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur ses provinces du Sud. La reconnaissance américaine annoncée en décembre 2020 a constitué un tournant majeur, suivi par l’évolution des positions de plusieurs États en faveur de l’initiative marocaine d’autonomie.

Le second objectif réside dans l’intégration du Royaume à une architecture régionale de sécurité, de coopération économique et d’interconnexion logistique reliant l’Afrique, l’Europe, le Golfe, les États-Unis et Israël. Dans un environnement marqué par l’instabilité au Sahel, par la montée des menaces transnationales et par les rivalités d’influence en Afrique du Nord, le Maroc privilégie une diplomatie d’anticipation fondée sur la diversification des partenariats et la consolidation de sa souveraineté stratégique.

Dans cette perspective, la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran en 2018 ne relevait pas d’un réflexe émotionnel. Elle répondait aux accusations formulées par les autorités marocaines concernant un soutien présumé, via le Hezbollah, au Front Polisario, notamment dans le domaine de la formation et de l’armement. Il est donc légitime de s’interroger sur la cohérence de certains discours qui présentent l’Iran comme un allié naturel du Maroc, alors même que les intérêts fondamentaux du Royaume, au premier rang desquels figurent son intégrité territoriale et sa sécurité nationale, ont été directement mis en cause.

La géoéconomie : pourquoi Israël et les États-Unis ?
La dimension économique est indissociable de la dimension diplomatique. Le Maroc ambitionne de consolider sa position de plateforme industrielle, logistique et énergétique entre l’Europe et l’Afrique, tout en renforçant son intégration dans les chaînes de valeur internationales.
Dans cette logique, le partenariat avec Israël et les États-Unis peut ouvrir des perspectives concrètes dans plusieurs secteurs
prioritaires :

Les technologies agricoles et l’agriculture de précision, particulièrement utiles dans un contexte de stress hydrique et de raréfaction des ressources en eau.

La gestion et la dessalinisation de l’eau, l’innovation environnementale et les énergies renouvelables.

La cybersécurité, l’économie numérique, la recherche appliquée et les industries de pointe.

Les infrastructures, le financement international, les réseaux logistiques et l’accès à de nouveaux marchés.

Le développement du transport aérien, du tourisme, des échanges commerciaux et de l’investissement productif.

Les accords envisagés en matière de protection des investissements, de mobilité, de coopération technologique ou de prévention de la double imposition ne constituent pas de simples formalités diplomatiques. Ils peuvent devenir des instruments de mobilisation de capitaux, de transfert de compétences et de création d’emplois, au bénéfice des territoires et des entreprises marocaines.

La Palestine : constance des principes et réalisme diplomatique
Les opposants à la normalisation résument fréquemment leur position à une formule : « La Palestine est une cause sacrée. » Cette affirmation ne souffre pas de contestation dans la conscience collective marocaine. Elle ne saurait toutefois justifier l’abandon d’une lecture réaliste des rapports de force internationaux.
Le Maroc n’a jamais renoncé à son soutien aux droits légitimes du peuple palestinien ni à la solution à deux États, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, conformément aux résolutions internationales pertinentes. Il a également maintenu son attachement à la protection du statut juridique et spirituel d’Al-Qods, dont Sa Majesté le Roi Mohammed VI préside le Comité Al-Qods.

La poursuite de relations diplomatiques avec Israël ne signifie donc pas l’effacement de la solidarité avec le peuple palestinien. Elle peut, au contraire, permettre de préserver des canaux de dialogue, d’action humanitaire et d’influence politique là où la rupture absolue ne produit, souvent, ni avancée concrète ni protection supplémentaire pour les populations civiles.

Qualifier Israël d’État occupant relève d’un débat juridique et politique largement documenté. Mais cette qualification n’efface pas une réalité régionale : •plusieurs États arabes, dont l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et Bahreïn, entretiennent des relations diplomatiques et institutionnelles avec Israël.

Le Maroc agit, pour sa part, selon une évaluation souveraine de ses intérêts, de ses responsabilités régionales et de son rôle historique.

L’indépendance de la décision marocaine
Le Maroc est un État souverain qui n’a pas à solliciter l’autorisation de quiconque pour définir sa politique étrangère ou défendre ses intérêts supérieurs. Son choix de développer ses relations avec Israël et les États-Unis ne doit pas être interprété comme une abdication de principes, mais comme un pari assumé sur la sécurité, le développement économique et le positionnement international du Royaume.

La politique étrangère ne se construit ni sur les invectives ni sur les slogans. Elle exige une lecture lucide des rapports de force, une capacité de projection et une hiérarchisation rigoureuse des intérêts nationaux. Ceux qui souhaitent proposer une autre orientation sont pleinement fondés à le faire dans le cadre du débat démocratique, à condition de présenter une alternative géostratégique crédible, cohérente et applicable.
Le Maroc ne choisit pas l’isolement. Il choisit l’ouverture maîtrisée, la diversification de ses partenariats et la défense ferme de ses constantes nationales : l’intégrité territoriale, la stabilité institutionnelle, le développement économique et la solidarité durable avec les causes justes, au premier rang desquelles figure la cause palestinienne.

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