
Par Elyajizi fouad.
À l’occasion de la Journée nationale de sensibilisation aux troubles « Dys » — dyslexie, dysphasie, dyspraxie et dyscalculie — célébrée France ce samedi octobre 2026, la question revient avec acuité au Maroc : comment mieux repérer, comprendre et accompagner les élèves concernés par ces troubles du neurodéveloppement, souvent invisibles mais lourds de conséquences scolaires.
Un trouble encore mal identifié
La dyslexie est un trouble spécifique et durable de l’apprentissage de la lecture, d’origine neurodéveloppementale. Elle ne traduit ni un manque d’intelligence, ni une paresse, ni un désintérêt pour l’école, mais nécessite un repérage précoce et une prise en charge adaptée.
Au Maroc, les estimations avancées par le ministère de la Santé situaient la prévalence de la dyslexie entre 5 et 10% des écoliers du primaire et du collège. Une enquête menée en 2013 par l’Association marocaine des troubles dys, en collaboration avec l’École d’orthophonie de Rabat, avait par ailleurs relevé un taux de prévalence d’environ 12% dans une quarantaine d’écoles primaires.
Une prise de conscience progressive
L’expérience marocaine en matière de sensibilisation reste inégale, mais elle a connu une évolution notable.
La reconnaissance plus concrète de la dyslexie dans le système éducatif marocain est notamment associée à l’essor de l’éducation inclusive à partir de 2019, même si la mise en œuvre sur le terrain demeure difficile.
Des associations, des centres médico-psycho-éducatifs et des professionnels de l’orthophonie contribuent aujourd’hui à informer les familles, orienter les parents et dialoguer avec les établissements scolaires. À Tanger, l’association Energika organise par exemple des conférences, des journées portes ouvertes et des interventions dans les écoles afin d’expliquer aux élèves et aux enseignants la réalité de ces handicaps invisibles.
Le parcours d’accompagnement repose généralement sur trois étapes : le signalement par l’école ou l’observation des parents, puis un bilan orthophonique — parfois complété par une évaluation neuropsychologique — et enfin la mise en place d’une rééducation et d’aménagements scolaires.
Malgré ces avancées, la sensibilisation demeure le principal point faible.
Les enfants dyslexiques peuvent encore être perçus comme distraits, peu travailleurs ou en échec, alors qu’ils ont besoin de méthodes pédagogiques adaptées, de temps supplémentaire et d’un environnement bienveillant. Cette incompréhension peut fragiliser leur parcours scolaire et favoriser le décrochage.
Les dispositifs existent, mais leur accès reste dépendant du lieu de résidence, des moyens des familles et de la disponibilité des professionnels. Certaines écoles acceptent des aménagements tels que du temps majoré lors des évaluations, des supports adaptés, l’autorisation de l’ordinateur ou une dispense d’écriture longue, mais ces mesures ne sont pas encore généralisées.
Les spécialistes appellent à renforcer la formation initiale et continue des enseignants, à intégrer le dépistage précoce dans le suivi scolaire et à multiplier les campagnes publiques de sensibilisation. L’objectif est de déstigmatiser ces troubles, d’informer les parents et de donner aux équipes éducatives les outils nécessaires pour agir dès les premières difficultés.
À l’image des mobilisations organisées autour de la Journée nationale des Dys, le Maroc gagnerait à inscrire durablement cette thématique dans sa politique éducative. Car reconnaître un trouble « Dys », ce n’est pas baisser les exigences scolaires : c’est permettre à chaque enfant d’apprendre selon ses capacités, avec les moyens et le soutien qui lui sont dus.



